Féminisation de l'emploi et mutations sociales

Femmes et approche par genre
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Mis à jour / Publié le
25/11/2025
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Les femmes sur le marché de l’emploi calédonien, miroir grossissant des mutations sociales

L’activité professionnelle des femmes ne cesse de croître en Nouvelle-Calédonie, comme dans les autres pays développés. Le fait que les femmes occupent désormais près de la moitié des emplois sur le territoire constitue une mutation sociale majeure. La proportion était de 38 % il y a trente ans. La plus forte réussite des filles dans le système scolaire et universitaire constitue l’un des fondements de cette mutation. En effet, l’accès plus massif des femmes à l’instruction a en grande partie permis de réduire les écarts entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. À tel point qu’en 2019, six femmes mariées sur dix exercent une activité professionnelle, contre seulement quatre sur dix trente ans auparavant. 
De ce fait, la progression de l’emploi féminin n’impacte pas seulement le monde professionnel, mais influe également sur les modes de vie. Privilégiant leurs études ou leurs activités professionnelles, les Calédoniennes se marient moins, plus tardivement, et font moins d’enfants. Néanmoins, des inégalités persistent entre les hommes et les femmes, dans le couple comme sur le marché du travail. L’emploi reste en effet marqué par la permanence d’inégalités se rapportant à l’accès aux postes d’encadrement, à la qualité des emplois et aux salaires. Enfin, les contrastes observés entre les hommes et les femmes dans l’emploi se doublent de différences au sein même de la population féminine, à l’aune des diversités culturelles.

La participation croissante des femmes au marché du travail : une mutation sociale au long cours

Les femmes de plus en plus actives
Comme dans la quasi-totalité des pays développés, l’emploi des femmes s’est considérablement renforcé depuis soixante ans en Nouvelle-Calédonie. Entre 1956 et 2019, le nombre de femmes en emploi a été multiplié par huit, quand le nombre d’actifs masculins n’a fait que tripler.

Aussi, la part des femmes dans la population active occupée a augmenté de 10 points tous les trente ans. Actuellement, il y a presque autant de femmes que d’hommes sur le marché du travail.

Entre les recensements de 1989 et 2019, la nette augmentation du taux d’emploi des femmes âgées de 15 à 64 ans témoigne également de leur place grandissante sur le marché du travail. Ce taux a augmenté de 16 points en trente ans, pour s’établir à 57 % en 2019, quand celui des hommes a reculé de 2 points entre ces deux dates (voir figure 2). Ainsi, l’écart entre les taux d’emploi des hommes et des femmes s’est partiellement résorbé.

Les femmes de plus en plus instruites
La plus forte scolarisation des filles, de même que leur plus grande réussite dans le système scolaire et universitaire a conduit à l’élévation de leur niveau de formation. Les jeunes générations de femmes sont désormais plus diplômées et effectuent des études plus longues, facilitant de ce fait leur intégration sur le marché du travail.
Pourtant minoritaires à la naissance (voir encadré 1), les filles deviennent majoritaires au fur et à mesure du parcours scolaire (voir figure 3). En 2022, 48 % des inscrits dans l’enseignement primaire sont des filles. Au fur et à mesure du cycle scolaire, la part des filles rattrape puis dépasse celle des garçons. Ainsi, en 2022, au terme du premier cycle général de l’enseignement secondaire, les filles représentent la moitié des élèves de troisième générale, puis 57 % des élèves de terminale générale et technologique, filière préparant le mieux aux études supérieures longues. 

En 2022, à l’issue des examens finaux du second degré, la proportion de bacheliers dans une génération s’établit à 67 %, et l’écart entre les filles (76 %) et les garçons (60 %) reste important.

Toutes filières et niveaux confondus, les jeunes femmes sont plus nombreuses que les hommes dans l’enseignement supérieur : 59 % des étudiants sont des femmes en 2022. Cette proportion reste stable depuis dix ans.

Par ailleurs, de l’école élémentaire à l’entrée dans l’enseignement supérieur, les filles réussissent mieux aux examens.
Ainsi, à l’entrée en sixième, les filles ont une meilleure maîtrise des connaissances fondamentales en français et en mathématiques. En 2022, la proportion de filles à l’aise en lecture atteint 84 %, contre 69 % pour les garçons. Les écarts sont moins importants en mathématiques où 44 % des filles sont à l’aise dans cette discipline, contre seulement 40 % des garçons.
Dans le second degré, les filles obtiennent également de meilleurs résultats aux examens que les garçons, au collège comme au lycée. En 2022, 82 % des garçons et 89 % des filles réussissent au diplôme national du brevet (DNB), soit 7 points d’écart. L’écart se réduit au baccalauréat, mais reste toujours en faveur des filles. Avec 83 % d’admises, la réussite des filles demeure supérieure à celle des garçons (79 %).
Enfin, lorsqu’elles décrochent leur diplôme, les filles obtiennent plus souvent une mention que les garçons. En effet, en 2021, 57 % des candidates au DNB l’ont obtenu avec une mention « bien » ou « très bien », contre seulement 47 % des candidats. La part des filles ayant obtenu ces mentions au baccalauréat (23 %) est également nettement supérieure à celle des garçons (16 %).

Plus performantes à l’école, les femmes sont devenues plus diplômées que les hommes au sein de la population calédonienne (voir figure 4). En 2019, date du dernier recensement, 43 % des femmes âgées de 15 ans et plus étaient titulaires d’un bac ou plus, contre 38 % des hommes ; 22 % des femmes étaient diplômées de l’enseignement supérieur, alors que seuls 19 % des hommes l’étaient.

Les écarts sont encore plus marqués au sein de la population en âge de travailler (15-64 ans) : 26 % des femmes sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 22 % des hommes. 

L’accroissement de l’activité professionnelle des femmes à l’origine d’importantes mutations sociales
Désormais, en Nouvelle-Calédonie, dans la majorité des ménages, les deux conjoints ont une activité professionnelle. Ainsi, en 2019, parmi les femmes mariées âgées de 15 à 64 ans, six sur dix sont en emploi sur le territoire. En 1989, quatre sur dix seulement l’étaient. 

Le passage des femmes de l’univers domestique à l’univers du travail retarde les projets familiaux. Privilégiant leurs études ou leurs activités professionnelles, les couples se marient plus tardivement. L’âge moyen des époux au premier mariage augmente au fil des années passant de 33 à 38 ans entre 2005 et 2022.
Les projets d’enfants sont également retardés. L’âge moyen des mères à la maternité ne cesse en effet d’augmenter. En 2022, pour la première fois, l’âge moyen des femmes à l’accouchement passe au-dessus de la barre des 30 ans, soit trois ans et demi plus tard qu’en 1980.
Autre facteur témoignant de la mutation des modes de vie : les femmes font de moins en moins d’enfants. De plus de 3 enfants par femme dans les années 80, l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) est passé à 2 enfants par femme en 2022. 

Cette baisse de la fécondité concerne surtout les jeunes générations. En 2022, la fécondité des moins de 20 ans atteint 10 enfants pour 1 000 femmes, contre 23 enfants en 2010. De toute évidence, le recours plus fréquent à la contraception contribue à cette évolution.

Le marché du travail se féminise, mais des inégalités perdurent entre hommes et femmes

Malgré la présence plus importante des femmes sur le marché du travail et leur meilleur niveau de qualification, des inégalités persistent entre les femmes et les hommes.

Des inégalités persistent au sein du couple
Si les femmes sont de plus en plus actives, elles restent dans le même temps toujours davantage au foyer que les hommes. En trente ans, le pourcentage de femmes mariées au foyer âgées de 15 à 64 ans s’est certes fortement réduit, passant de 49 % à 22 % entre 1989 et 2019, mais, en comparaison, les hommes au foyer font encore et toujours figure d’exception. En 2019, seuls 4 % des hommes mariés sont au foyer (0,3 % en 1989).
Au sein des couples mariés, les femmes renoncent plus souvent que les hommes à une activité professionnelle. Le membre du ménage exerçant un emploi reste le plus souvent l’homme. Ainsi, la part des femmes mariées en emploi reste 16 points au-dessous de celle des hommes en 2019.

Des inégalités persistent entre les hommes et les femmes dans l’emploi
Alors que les femmes et les hommes occupent désormais une place quasi-équivalente sur le marché du travail, le taux d’emploi féminin reste inférieur de près de 7 points à celui des hommes pour s’établir à 57 % en 2019 ; la différence était encore plus marquée en 1989 (-24 points).

Les femmes encore sous-représentées aux postes d’encadrement
La présence des femmes à des postes d’encadrement a plus que doublé en trente ans. En 2019, chez les 15-64 ans, 43 % des postes de cadres et professions intellectuelles supérieures sont occupés par des femmes. Ils étaient 18 % en 1989.
Néanmoins, si les femmes sont de plus en plus nombreuses à des postes d’encadrement, elles sont encore quelque peu sous-représentées sur ce type d’emploi. En 2019, parmi les 52 400 femmes en emploi, 10 % étaient cadres ou professions intellectuelles supérieures, contre 12 % des hommes. 

Des spécialités de formation qui ne conduisent pas aux mêmes emplois
À l’université, les filières scientifiques restent davantage investies par les garçons (43 % contre 22 % pour les filles), alors que les filières Santé, Droit et Lettres-Sciences humaines restent majoritairement choisies par les filles (58 % contre 37 % pour les garçons). Ainsi, les spécialités scientifiques peuvent accueillir jusqu’à 55 % de garçons, quand les spécialités littéraires comptent 72 % de filles.
Par conséquent, ces spécialités de formation ne conduisent pas aux mêmes secteurs d’activité, ni aux mêmes catégories d’emploi, ces derniers restant encore très fortement « genrés ». En 2022, 65 % des femmes occupent un emploi dans le secteur des services. De leur côté, les hommes exercent majoritairement des métiers dans les secteurs de l’industrie et de la construction (47 %).

Les femmes travaillent davantage à temps partiel
Les femmes restent davantage concernées par le travail à temps partiel. En 2022, les résultats de l’enquête Force de travail (EFT) confirment ceux du recensement. En effet, 21 % des femmes occupent un emploi à temps partiel, contre 6 % des hommes ; et cette décision est subie dans 60 % des cas.


Des écarts salariaux persistent
Si les femmes sont plus diplômées que les hommes, elles gagnent en moyenne moins bien leur vie qu’eux. En 2022, le salaire mensuel net moyen des femmes est en effet inférieur de 8,9 % à celui des hommes. À temps de travail égal, les femmes gagnent en moyenne 328 000 F.CFP net par mois, tous secteurs confondus (public et privé), et les hommes 360 000 F.CFP.

Dans le privé, les femmes gagnent en moyenne 13 % de moins que les hommes en équivalent temps plein (EQTP). L’écart de salaire entre les femmes et les hommes s’accroît dans le secteur public (-15 %).

Par ailleurs, les inégalités de salaire entre les sexes sont les plus fortes chez les cadres et professions intellectuelles supérieures : dans le privé, les femmes cadres gagnent en moyenne 16 % de moins que les hommes cadres (-14 % dans le public).

Une féminisation de l’emploi à géométrie variable : des inégalités existent aussi entre femmes

Les caractéristiques économiques et socioculturelles propres à chaque communauté expliquent, en partie, ces contrastes face à l’emploi. Ainsi, le taux d’emploi des femmes est particulièrement élevé chez les Européennes et les Asiatiques. À l’inverse, alors qu’elles sont majoritaires sur le territoire, le taux d’emploi des femmes Kanak reste le plus faible de Nouvelle-Calédonie.

Si l’activité des femmes a nettement progressé en raison de l’augmentation de leur niveau de formation, les femmes Kanak restent moins diplômées que les non-Kanak. En 2019, 9 % des femmes Kanak en âge de travailler (15-64 ans) sont diplômées de l’enseignement supérieur (2 points de plus que les hommes Kanak), contre 38 % des femmes non-Kanak. Cette proportion s’élève à 57 % chez les Européennes (8 points de plus que les Européens).

En 2019, 52 % des femmes mariées Kanak occupent un emploi, contre 65 % chez les non-Kanak.

Dans la communauté Kanak, les femmes mariées restent également plus souvent au foyer. En 2019, 30 % d’entre-elles se déclarent au foyer, contre 18 % parmi les non-Kanak. Les chiffres étaient respectivement de 56 % et 45 % en 1989.
Classées comme inactives par les normes statistiques officielles, ces femmes n’en exercent pas moins une activité informelle, mais bien réelle, qui échappe aux statistiques.

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Synthèse n°72 - Féminisation de l'emploi et mutations sociales depuis 1989
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