Enquête Budget des familles | Synthèse annuelle 2019 - 2020
En 2019, le taux de pauvreté reste stable en Nouvelle-Calédonie
En Nouvelle-Calédonie, le niveau de vie médian augmente entre 2008 et 2019. Les inégalités sont en léger recul sur les dix dernières années. Toutefois, près d’un Calédonien sur cinq vit toujours sous le seuil de pauvreté en 2019, l’inactivité et le chômage étant les principaux facteurs déterminants de cette pauvreté. La redistribution et l’autoconsommation jouent un rôle significatif en aidant les plus vulnérables. Le taux de pauvreté, proche de celui de la Polynésie française, demeure plus élevé qu’en France.
Durant les dix dernières années, le niveau de vie mensuel médian a augmenté de 1,5 % par an1, pour atteindre 172 200 F.CFP en 2019. Il partage la population en deux, la moitié vivant dans des ménages avec un niveau de vie inférieur à ce seuil et l’autre moitié, dans des ménages ayant un niveau de vie supérieur. Ce niveau correspond ainsi à un revenu disponible de 172 200 F.CFP mensuel pour une personne seule et de 362 000 F.CFP pour un couple avec 2 enfants. Concept statistique, le niveau de vie rapporte le revenu disponible d’un ménage au nombre pondéré de personnes qui composent ce ménage (unités de consommation).
Le niveau de vie augmente pour chaque décile, mais à des rythmes différents. En effet, les 6 premiers déciles de niveau de vie augmentent de l’ordre de 1,6 % par an. Les déciles 7 et 8, quant à eux, bénéficient d’une croissance plus forte (respectivement +2,1 % et +1,8 %). Enfin, le dernier décile enregistre la croissance la plus faible (+1,4 %).
¹ Les évolutions sont mesurées en utilisant des francs constants, c’est-à-dire corrigés de la variation des prix sur la période. Dans cette étude, l’évolution en francs constants résulte de l’indice général des prix à la consommation.
Des évolutions de niveau de vie différenciées selon les caractéristiques du ménage
Les évolutions des niveaux de vie sont différentes selon les types de ménages. Les couples avec enfant(s) et surtout les familles monoparentales, ayant bénéficié de la hausse des prestations sociales, ont connu les plus fortes augmentations avec respectivement +1,1 % et +1,8 % de croissance annuelle moyenne. Les niveaux de vie des couples sans enfant et des ménages complexes2 connaissent, quant à eux, une plus faible augmentation (moins de 1 % par an).
Le niveau de vie médian des ménages non Kanak (234 200 F.CFP) est deux fois plus important que celui des ménages Kanak (116 800 F.CFP). Deux facteurs principaux expliquent un tel écart. Le premier provient de la structure même du ménage : taille, composition et situation d’activité. En moyenne, les ménages Kanak sont de plus grande taille et comportent plus de personnes inactives. En conséquence, les revenus du travail sont partagés entre plus de personnes et cela diminue le niveau de vie de chacun des membres de ces ménages. Le deuxième facteur provient du fait que les Kanak occupent des professions moins rémunératrices. En effet, seuls 4,4 % des actifs occupés Kanak sont des cadres et 15,3 % des professions intermédiaires. Pour les actifs non Kanak, ces parts sont respectivement de 15,7 % et 26,7 %. A l’opposé, les professions moins rémunératrices, comme employés et ouvriers, concentrent près de 80 % des actifs occupés Kanak, et 45 % des non Kanak.
50 000 personnes pauvres en Nouvelle-Calédonie en 2019
En 2019, le seuil de pauvreté s’élève à 86 100 F.CFP mensuels. Construction statistique, le seuil de pauvreté mesure un niveau de pauvreté en ressources, indépendamment de la pauvreté ressentie ou de la pauvreté en conditions de vie. Il traduit le niveau de vie en deçà duquel sont considérés comme pauvres tous les individus de ces ménages. Ainsi une personne seule sera considérée comme pauvre en 2019, lorsqu’elle dispose d’un revenu disponible mensuel inférieur à 86 100 F.CFP. Pour un couple avec deux enfants âgés de moins de 14 ans, le seuil de pauvreté est de 180 800 F.CFP par mois. Il est de 310 000 F.CFP pour un ménage complexe composé de cinq personnes âgées de 14 ans ou plus, et deux personnes de moins de 14 ans.
En 2019, un peu plus de 49 700 personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Ceci correspond à un taux de pauvreté de 18,3 %
La pauvreté largement liée au statut professionnel 24 20 16 12 8 0 4 La situation professionnelle est le principal déterminant de la pauvreté. En effet, le taux de pauvreté des personnes vivant dans un ménage dont la personne de référence est en emploi est de 12 %. Ce taux est porté à 48 % si la personne de référence est au chômage et à 54 % si elle est inactive. À l’inverse, si la personne de référence occupe un emploi de cadre, profession intellectuelle supérieure ou profession intermédiaire, le taux de pauvreté est quasiment nul (moins de 1 %) alors que si elle est employée ou ouvrière, les taux sont respectivement de 18 % et 20 %. Le niveau de diplôme de la personne de référence du ménage, qui conditionne souvent la situation professionnelle, est aussi un facteur déterminant de la pauvreté. Plus le niveau de diplôme est élevé et plus le taux de pauvreté diminue, pour atteindre moins de 5 % quand la personne de référence dispose d’un diplôme de l’enseignement supérieur. D’autres caractéristiques socio-économiques, comme la taille, le type de ménage ou l’âge de la personne de référence, sont discriminants face à la pauvreté. Ainsi, le taux de pauvreté des personnes vivant dans une famille nombreuse (cinq personnes ou plus), monoparentale ou complexe, avoisine les 24 %. Pour celles vivant en couple sans enfant, le taux est très inférieur (6 %). Enfin, les individus vivant dans les ménages dont la personne de référence est âgée de moins de 30 ans ou de plus de 64 ans, sont plus exposés à la pauvreté avec des taux avoisinant 27 % dans les deux cas.
Redistribution et autoconsommation réduisent la pauvreté et les inégalités La redistribution monétaire a un impact significatif sur le taux de pauvreté. Sans ce système de transferts monétaires, le taux de pauvreté serait supérieur de 4,2 points pour atteindre plus de 22 % de la population. Ce seraient alors 11 500 personnes de plus qui vivraient sous le seuil de pauvreté. En outre, l’intensité de la pauvreté serait supérieure de 2,5 points traduisant une situation des pauvres encore plus précaire. La redistribution joue également son rôle de réduction des inégalités entraînant une baisse de l’indice de Gini de 0,04 point en 2019. Les bénéfices de la redistribution sont par ailleurs davantage perceptibles en 2019 qu’en 2008. En effet, elle fait baisser le taux de pauvreté en 2019 d’un point de plus qu’en 2008. Ceci s’explique en partie par la hausse des prestations sociales. Logiquement ce sont les populations les plus touchées par la pauvreté qui bénéficient le plus de la redistribution. En effet, sans redistribution, les taux de pauvreté des chômeurs et des inactifs atteindraient plus de 65 %, soit respectivement 19 et 11 points de plus. Grâce à la redistribution, le taux de pauvreté de la population Kanak est réduit de 7,5 points (et de 2 points pour les non Kanak).
L’autoconsommation contribue elle aussi, mais dans une moindre mesure, à modérer la pauvreté et son intensité, réduisant le taux de 2,5 points et l’intensité de 6 points. Enfin, les effets conjugués de la redistribution et de l’autoconsommation profitent davantage aux ménages les plus modestes. Le premier décile double et le deuxième augmente de 40 %.
80 % du revenu disponible des ménages est issu du travail La structure du revenu disponible des ménages n’a pas évolué depuis 2008. Les revenus du travail restent de loin la première source de revenu des ménages et procurent 78,2 % du revenu disponible, suivis par les retraites (14,8 %), les prestations sociales (4,7 %) et l’autoconsommation (3,0 %). Les autres sources de revenus entrant dans la composition du revenu disponible sont les revenus du capital (essentiellement les loyers immobiliers et fonciers perçus à hauteur de 1,2 %) et enfin, à un niveau très faible les transferts privés réguliers provenant d’autres ménages (0,3 %, principalement les pensions alimentaires). Les impôts directs réduisent ce revenu de 2,1 %.
Le revenu disponible des ménages les plus modestes se compose de moins de la moitié des revenus du travail, de 23 % de prestations sociales et de 11 % d’autoconsommation. En moyenne sur l’ensemble des ménages, ces deux derniers postes ne représentent que 4 % et 3 % du revenu. Plus le niveau de vie augmente, plus la part des revenus du travail augmente, pour atteindre plus de 85 % du revenu disponible pour les ménages les plus aisés
Pouvoir d’achat et taux d’épargne en hausse depuis 1991
Le pouvoir d’achat des ménages est en hausse constante depuis 1991. Sur la période 1991 à 2008, le revenu monétaire disponible des ménages a augmenté de 4,5 % par an en moyenne, soit une augmentation supérieure à celle de l’indice des prix (1,8 % en moyenne annuelle). Il en résulte une augmentation du pouvoir d’achat de plus de 2,7 % par an sur la période. Depuis 2008, bien que ralenti sous l’effet d’une moindre croissance du revenu monétaire disponible (2,4 % en moyenne annuelle), le pouvoir d’achat continue sa progression à un taux de 1,2 % par an.
Malgré le ralentissement de la croissance du revenu disponible, celle-ci reste supérieure à celle de la dépense de consommation des ménages qui, de son côté, a fortement diminué3. Ainsi les ménages ont pu dégager une épargne plus importante. Le taux d’épargne augmente donc et atteint 33 % en 2019, soit 6 points de plus qu’en 2008.