Comptes économiques rapides de la Nouvelle-Calédonie 2025
2025 : une reprise fragile après après le choc historique de 2024
Après avoir atteint un point particulièrement bas en 2024, le produit intérieur brut (PIB) rebondit très légèrement en 2025 en volume (+0,7 %). Les effets prix sont en revanche défavorables avec une diminution du PIB de 3,0 % en valeur. Le PIB nominal est estimé à 915 milliards de F.CFP et le PIB par habitant se stabilise à 3,5 millions de F.CFP. La situation économique des entreprises et des ménages demeure très dégradée en 2025. Malgré quelques signes de stabilisation, l’économie calédonienne peine à retrouver une dynamique de croissance.
Chiffres clés
Dans un contexte institutionnel toujours incertain, l'absence de rebond de l’investissement reste un frein à l’activité pour la troisième année consécutive. La consommation des ménages est, quant à elle, affectée par la baisse de la population et la dégradation du marché du travail, malgré une inflation contenue (+1 %). Les échanges extérieurs constituent le seul soutien à la croissance, grâce à la reprise significative des exportations en volume (+12,9 %) et à une contraction des importations (-2,4 %). Le secteur du nickel illustre toutefois le décalage entre volumes et richesse créée : alors que la production se redresse, la valeur ajoutée du secteur continue de s’éroder sous l’effet conjugué de la baisse des prix de vente et de l’augmentation des coûts d’approvisionnement. Les gains de volume sont ainsi insuffisants pour compenser la détérioration des termes de l’échange. Dans ce contexte, les exportations et importations de biens reculent en valeur (respectivement -2,2 % et -11,0 %) : le déficit commercial se résorbe de 24 milliards de F.CFP et le taux de couverture gagne 5,4 points.
L’emploi salarié se stabilise sur un palier historiquement bas
En 2025, l’emploi salarié en Nouvelle-Calédonie poursuit son repli en moyenne annuelle, mais la baisse s’interrompt au fil de l’année. Les effectifs se stabilisent à un niveau historiquement bas, inférieur à celui de 2008. En moyenne, 77 120 salariés sont déclarés, soit 4 900 de moins qu’en 2024 (-6 %). En deux ans, l’économie calédonienne a perdu 13 200 emplois salariés.
Le secteur privé concentre l’essentiel des pertes, avec 55 880 salariés en moyenne (-7 % sur un an).
La baisse des effectifs s’interrompt toutefois en cours d’année grâce au recul marqué des débauches, tandis que les embauches restent atones.
Une consommation des ménages atone
La consommation des ménages demeure fragilisée en 2025. Le recul de la population a réduit le nombre de consommateurs tandis que les revenus de remplacement diminuent progressivement avec l’extinction des dispositifs exceptionnels de soutien à l’emploi et la baisse du nombre de chômeurs indemnisés, principalement liée aux fins de droits. Dans un contexte où l’emploi se stabilise à un niveau historiquement bas et où les embauches restent limitées, les capacités de consommation demeurent contraintes.
Parallèlement, les prix continuent d’augmenter sur plusieurs postes de consommation essentiels.
Au final, la progression des coûts liés à l’alimentation, à l’énergie et au logement limite les arbitrages de consommation, notamment pour les ménages les plus modestes, qui subissent une inflation de près de 2 %, soit deux fois la moyenne.
Au total, après avoir reculé de 7,2 % en 2024, la consommation des ménages est quasiment stable en volume en 2025 (-0,1 %). Elle demeure ainsi à un niveau particulièrement bas.
Une absence de rebond de l’investissement
En 2025, la formation brute de capital fixe (FBCF) recule de 12,5 % en volume, après une chute de 24,3 % en 2024. L’investissement diminue ainsi pour la troisième année consécutive et continue de peser sur la croissance, même si sa contribution négative s’atténue nettement.
En 2025, l’investissement privé continue de pâtir d’un contexte économique dégradé et d’un contexte politique et institutionnel incertain. Malgré la baisse des taux directeurs de l’IEOM jusqu’en juin 2025, la production totale de crédits octroyés par les banques calédoniennes se replie de 3,2 % après un effondrement de 49 % en 2024.
Les acquisitions de logements progressent de 21 % par rapport à 2024, mais leur volume demeure nettement inférieur à celui observé en 2023 (-63 %). Cette reprise reste par ailleurs inégale, comme en témoigne le marché du neuf dont l’effondrement des ventes se confirme.
L’investissement public peine à prendre le relais, dans un contexte de fortes contraintes budgétaires et de fin de mandature.
Une réduction du déficit commercial liée au recul des importations
En 2025, le déficit commercial s’établit à 88,5 milliards de F.CFP, contre 113,1 milliards de F.CFP en 2024. Cette amélioration s’explique principalement par la baisse des importations, qui reculent de 11 % pour atteindre 223,2 milliards de F.CFP. Dans le même temps, les exportations diminuent légèrement (-2,2 %) et s’élèvent à 134,7 milliards de F.CFP.
Les importations restent orientées à la baisse tout au long de l’année, dans un contexte marqué par le ralentissement de l’investissement et une demande intérieure toujours contrainte.
Concernant les exportations, la reprise progressive de l’usine de Prony Ressources permet un redressement marqué des ventes de NHC, tandis que les exportations de ferronickel poursuivent leur recul (-31 %), pénalisées par l’arrêt de l’usine du KNS, les difficultés persistantes de la SLN et la fermeture de plusieurs sites miniers.
L’évolution des échanges en 2025 confirme la fragilité de l’économie calédonienne et sa forte dépendance à la filière nickel. Si le taux de couverture des importations par les exportations progresse à 60 % contre 55 % en 2024, cette amélioration reflète avant tout la contraction des importations plutôt qu’un renforcement durable des capacités exportatrices.
Une reprise partielle de l'industrie du nickel dans un contexte de fragilité persistante
Après l’effondrement observé en 2024, l’industrie du nickel montre en 2025 des signes de redressement, sans pour autant retrouver son niveau d’activité antérieur. La reprise progressive de la production de l’usine du Sud constitue le principal fait marquant de l’année. Elle permet un redressement significatif de la production et des exportations de NHC, avec 170 500 tonnes expédiées pour une valeur de 47,3 milliards de F.CFP. Toutefois, le secteur demeure pénalisé par les difficultés structurelles rencontrées depuis 2024 : conséquences de la fermeture de l’usine de KNS, difficultés persistantes de la SLN et fermeture prolongée de plusieurs sites miniers.
Aux difficultés industrielles rencontrées par la filière s’ajoute un environnement de marché toujours peu favorable. Après les fortes baisses enregistrées en 2023 et 2024, le cours du nickel reste orienté à la baisse en 2025 sous l’effet d’une offre mondiale abondante.
Le nickel repart, mais son poids dans la valeur ajoutée diminue
La combinaison de prix de vente faibles et de coûts de production élevés continue ainsi d’éroder la contribution du nickel à la création de richesse du territoire. En 2025, l’exploitation du nickel (extraction minière et industrie métallurgique) ne représente plus que 3,4 % de la valeur ajoutée. Dans ce contexte, la part des services progresse mécaniquement dans l’économie, non pas sous l’effet d’une dynamique d’activité, mais en raison du recul plus marqué des autres secteurs.