Comptes économiques rapides de la Nouvelle-Calédonie 2024
Confirmation de la chute record de la croissance en 2024
En 2024, le produit intérieur brut calédonien enregistre le triste record de la plus forte diminution depuis les années 60. Il diminue de 13,5 % en volume et de 12,6 % en tenant compte des effets prix. L’essoufflement de l’activité amorcé en 2023 se confirme avant son effondrement au moment des émeutes débutées au mois de mai 2024, qui ont significativement atteint le tissu économique et amplifié les incertitudes. Le PIB nominal est estimé à 943 milliards de F.CFP et le PIB par habitant à 3,5 millions de F.CFP.
Indicateur clé de la confiance et des perspectives économiques, l’investissement recule d’un peu plus de 24 % par rapport à 2023. La consommation des ménages diminue de 7,2 % en volume (contre +0,4 % en 2023), en dépit du léger ralentissement de l’inflation. Les échanges extérieurs se contractent fortement en importation (-27,7 % en volume) et en exportation (-39,6 %). Le déficit commercial est proche de celui de 2023, en revanche le taux de couverture des importations par les exportations se dégrade significativement, passant de 67 % à 55 %.
Les pouvoirs publics tentent de contenir la crise en instaurant des dispositifs spécifiques de chômage et de chômage partiel. Toutefois, ces mesures pèsent sur les finances publiques, aggravant les tensions budgétaires. La précarisation croissante de la population est palpable et s’intensifie à mesure que les dispositifs de soutien public s’amenuisent. La Nouvelle-Calédonie est engagée dans une spirale récessive dont elle ne pourra sortir qu’en rétablissant la confiance.
L’emploi salarié en chute libre
En 2024, l’emploi salarié est fortement impacté par la crise consécutive aux exactions de mai. En moyenne sur l’année, 60 000 salariés sont déclarés par les employeurs du secteur privé auprès de la Cafat, soit une baisse de 11,8 % par rapport à 2023. Tous les grands secteurs sont touchés par ces pertes d’emplois : -3 100 salariés dans les services (soit -9,1 %), -2 200 dans l’industrie (-13,8 %), -1 300 dans le commerce (-12,6 %) et -1 300 dans la construction (-20,8 %). L’agriculture, dont la dynamique était déjà à la baisse depuis 2020, perd une centaine d’emplois salariés, soit -8,3 %. Le nombre d’emplois salariés du privé diminue au fil de l’année pour atteindre 55 600 emplois à fin décembre, soit le niveau le plus bas observé depuis 2008. De décembre 2023 à décembre 2024, ce sont ainsi 10 800 emplois salariés qui ont été supprimés dans le privé (-16,5 %).
Les salariés du secteur public sont dans une moindre mesure, également concernés par la perte d’emploi avec 900 effectifs en moins entre décembre 2023 et décembre 2024 (-300 en moyenne annuelle).
Un recul inédit de la consommation des ménages T1 T2 T3 2024 T4 T1 T2 2025 À ces pertes d’emplois salariés s’ajoutent les radiations de travailleurs indépendants. La consommation est durement impactée par une diminution globale du revenu disponible, entre baisse d’activité, pertes d’emploi avec compensations plus ou moins importantes et des départs de la Nouvelle-Calédonie. Bien que l’inflation soit en léger ralentissement (les prix à la consommation augmentent de 1,0 % en moyenne sur l’année 2024), la hausse est sensible dans l’alimentation (+3,3 % en moyenne et +6,3 % en glissement annuel de décembre 2023 à décembre 2024) et sur le poste « électricité » (+3,0 % en moyenne et +10,1 % en glissement) qui sont des postes prépondérants et incompressibles pour les plus modestes.
La confiance ébranlée met un coup d’arrêt à l’investissement
Les destructions, tensions et incertitudes ont fortement dégradé les anticipations des Calédoniens. L’investissement privé s’effondre dans un contexte de crise insurrectionnelle et économique inédite. La production totale de crédits octroyés par les banques calédoniennes en 2024 se replie de 49 % par rapport à 2023. Dans le détail, la production de crédits d’investissement et immobiliers des entreprises se contracte de 51 % quand la production totale de crédits à l’habitat des particuliers plonge de 80 % en 2024. Les transactions immobilières atteignent un point bas historique.
L’investissement public peine à prendre le relais, les recettes budgétaires étant largement affectées par la crise. Globalement, l’investissement diminue de 24,3 % par rapport à 2023.
Déficit commercial : une stabilité trompeuse dans un contexte de repli
En 2024, le déficit commercial est proche de celui de 2023 (respectivement -113,1 milliards et -118,1 milliards de F.CFP). La valeur des importations atteint 251,1 milliards de F.CFP, en recul de 29 % par rapport à 2023. Cette baisse reste toutefois moins marquée que celle des exportations, qui chutent de 41 % pour s’établir à 138,1 milliards de F.CFP.
En 2024, les importations sont restées relativement soutenues de janvier à avril, dépassant même le niveau record de 2023 en février. À partir de mai, elles enregistrent une forte contraction qui s’est poursuivie jusqu’en décembre, mois au cours duquel elles se rapprochent des niveaux historiquement bas observés en 2005. Outre les dépenses en machines et matériel de transport, première catégorie de produits importés, qui reculent de 29,7 milliards de F.CFP entre 2023 et 2024, les importations de combustibles sont également en fort recul : -42,2 % en valeur, soit -39,5 milliards de F.CFP.
Concernant les exportations, les ventes de minerai de nickel à l’étranger se sont fortement contractées entre 2023 et 2024 : -48,8 % en valeur, soit -26,9 milliards de F.CFP. Des baisses de même ampleur sont enregistrées pour les ferronickels et le NHC (respectivement -42,9 et -31,4 milliards de F.CFP).
Ce recul des échanges commerciaux reflète la vulnérabilité d’une économie fortement dépendante du secteur du nickel aujourd’hui en grande difficulté. L’effondrement de ce secteur pèse lourd sur les exportations, les produits du nickel représentant près de 90 % de la valeur totale des produits exportés.
Après une année 2023 marquée par un niveau record de production de nickel, avec 233 400 tonnes de minerai extraites et 103 700
tonnes de produits métallurgiques fabriqués, l’année 2024 est en net recul. En effet, les volumes ont été divisés par deux en un an, traduisant une chute brutale de l’activité minière et métallurgique.