Comptes économiques rapides de la Nouvelle-Calédonie 2023
En 2023, la croissance poursuit sur la bonne lancée de 2022 avant de ralentir en cours d’année. Le produit intérieur brut augmente de 2,8 % à prix constants, après +3,5 % en 2022. La dégradation du marché du nickel ampute la reprise d’activité post-Covid et la baisse des cours conduit à une diminution du PIB nominal : son estimation s’élève à 1 078 milliards de F.CFP. Le PIB par habitant diminue dans les mêmes proportions (-1,3 %). L’année 2024 est marquée par les émeutes débutées au mois de mai, qui ont significativement atteint le tissu économique et amplifié les incertitudes. Les premiers éléments disponibles conduisent à une estimation de perte de PIB comprise entre 10 et 15 % sur l’année 2024.
La consommation des ménages s’essouffle et ne progresse que de 0,4 % en volume (contre +2,6 % en 2022), en dépit du net ralentissement de l’inflation. Le commerce extérieur est le principal contributeur à la croissance réelle puisqu’en volume les exportations s’accroissent tandis que les importations diminuent (respectivement +8,7 % et -2,4 %). Cependant, en valeur, c’est-à-dire après prise en compte des effets prix défavorables sur le marché du nickel, le déficit commercial se creuse. L’investissement se contracte (-3,6 % en volume) dans un contexte plus incertain avec un environnement de taux d’intérêt plus élevés.
L’année 2023 est caractérisée par un net ralentissement de la dynamique inflationniste en Nouvelle-Calédonie : l’indice des prix à la consommation des ménages (IPC) progresse en moyenne de 1,7 % sur l’année 2023 (contre 3,7 % en 2022).
L’emploi salarié privé à un niveau record avant d’amorcer un retournement significatif
En 2023, l’effectif de l’emploi salarié privé a continué de progresser pour franchir pour la première fois la barre des 68 000 emplois. Ainsi, 68 190 salariés sont déclarés en moyenne par les employeurs du secteur privé auprès de la Cafat en 2023, soit une augmentation de 1,2 % par rapport à 2022. L’agriculture est le seul secteur qui voit ses effectifs significativement reculer (-5,1 %). Les services affichent la plus forte création nette d’emplois (+606, soit +1,8 %). La construction (168 emplois supplémentaires, soit +2,8 %) et l’industrie (+156 salariés, soit +1,0 %), continuent également de créer de l’emploi. Toutefois, cette dynamique s’érode au fil de l’année. Le nombre d’emplois salariés diminue en fin d’année et marque le début d’un retournement de situation profond sur le marché de l’emploi. De même, la proportion de salariés cumulant plusieurs emplois augmente à nouveau (+2,8 % en 2023, après +5,6 % en 2022) et semble confirmer une forme de précarisation déjà observée l’année précédente.
La consommation des ménages progresse très légèrement
L’année 2023 est marquée en Nouvelle-Calédonie par une normalisation progressive de l’évolution des prix à la consommation. Si l’indice des prix à la consommation (IPC) progresse en moyenne de 1,7 % sur l’année, les hausses demeurent particulièrement élevées pour l’alimentation (+4,8 %) et dans une moindre mesure pour les services (+1,8 %). En revanche, les prix de l’énergie et des produits manufacturés reculent (-1,3 % et -1,0 % respectivement). Les dispositifs de modération tarifaire sur certains produits mis en place en 2022, ont ainsi été progressivement arrêtés au cours de l’année 2023.
La consommation des ménages s’inscrit en très net ralentissement : elle progresse seulement de 0,4 % en volume en 2023 (après
+2,6 % en 2022).
La diminution de l’investissement s’amorce
L’investissement privé diminue dans un contexte d’incertitudes institutionnelles et de renchérissement du coût du crédit. Les taux directeurs des banques centrales ont progressé jusqu’au 3e trimestre 2023 pour atteindre un plateau en raison de tensions inflationnistes
mondiales persistantes. Le coût des crédits a donc progressé en 2023 dans le sillage des taux directeurs. Dans ce contexte, l’activité bancaire s’essouffle après le regain de dynamisme de 2022. La croissance de l’encours des crédits des établissements financiers calédoniens
ralentit fortement : il progresse de 1,2 % en 2023 (contre +3,4 % en 2022). Les ventes de biens à usage d’habitation diminuent après une
année 2022 particulièrement dynamique (respectivement -20 % et +33 %), mais les transactions qui concernent le neuf sont encore
en hausse (+23 %). En revanche, l’investissement des entreprises marque le pas, comme en témoigne la diminution des importations
de machines et matériels de transport (-28 %). Les acteurs publics maintiennent leur niveau d’investissement en dépit de difficultés budgétaires.
La baisse des cours du nickel entraîne un creusement du déficit commercial malgré une évolution favorable en volume
Les exportations de biens et services progressent en volume (+8,7 %), sous l’influence des ventes de nickel (+9 %). Parallèlement, les volumes importés diminuent (-2,4 %). Les échanges extérieurs contribuent donc positivement à la croissance réelle globale.
Les effets-prix ont encore été particulièrement importants en 2023 et ils expliquent les évolutions fortement divergentes en valeur.
Les exportations de biens reculent nettement en valeur pour s’établir à 234,7 milliards de F.CFP (-19,0 % par rapport à 2022).
Les importations de biens reculent de 8,8 % en valeur pour s’établir à 352,8 milliards de F.CFP. La baisse des cours des hydrocarbures
et du charbon explique le fort recul des importations de produits minéraux en valeur (-21,7 % alors que les importations sont en hausse de 33,1 % en volume).
Le poids du nickel dans la valeur ajoutée en net repli
Après une année 2022 marquée par la hausse des cours du nickel et une augmentation de la production sur le territoire, 2023 se
caractérise par un net repli de la valorisation du nickel sur les marchés internationaux. Le cours du nickel au LME s’établit ainsi à 9,75 USD/Lb en 2023 (contre 11,80 en 2022). En revanche, la production métallurgique calédonienne continue de progresser (+12,1 % de nickel contenu, après +25,9 % en 2022).
Le poids du secteur dans la valeur ajoutée globale redescend à son niveau de 2021 à hauteur de 9 %. Cette perte de 5 points de
contribution à la création de richesse illustre l’aggravation des difficultés rencontrées par les 3 usines métallurgiques qui émettent publiquement des réserves croissantes quant au maintien de leur activité. Celles-ci se traduiront par l’arrêt de l’usine KNS début 2024.