Cadre de vie et sécurité | Synthèse annuelle 2021
La délinquance en Nouvelle-Calédonie, un sentiment d’insécurité confirmé par la réalité des faits
Les calédoniens sont proportionnellement deux fois plus nombreux que les métropolitains à renoncer à sortir de chez eux et à déclarer se sentir en insécurité que ce soit à leur domicile, dans leur quartier, leur village ou leur tribu. En 2019 et 2020, la Nouvelle-Calédonie se démarque par un taux de victimation supérieur à celui de la France métropolitaine. Hormis pour les escroqueries bancaires, les atteintes aux biens subies par les ménages sont plus fréquentes en Nouvelle-Calédonie que dans l’hexagone. Les atteintes aux personnes - y compris les violences dites « sensibles » comme les violences sexuelles, les viols ou toutes les formes de violences sévissant au sein du ménage - sont également plus répandues sur le territoire qu’en France métropolitaine. Ces constats rendent compte de la réalité de la délinquance sur le territoire et participent au sentiment d’insécurité des calédoniens dont les principales préoccupations restent la délinquance et les addictions.
Sentiment d’insécurité : un fort sentiment d’insécurité alimenté par des problématiques de délinquance et d’addiction
Des Calédoniens proportionnellement deux fois plus nombreux à déclarer se sentir en insécurité que leurs homologues métropolitains
En 2021, 45 000 personnes âgées de 14 ans ou plus ont déclaré se sentir « souvent » ou « de temps en temps » en insécurité dans leur quartier, leur village ou leur tribu, soit 21 % de la population. Ils sont également 38 000 à ressentir de l’insécurité à leur domicile, soit 18 % de la population. Ce sentiment d’insécurité peut conduire certaines personnes à renoncer à sortir de chez elles. 17 % disent, en effet, renoncer « souvent » ou « parfois » à sortir de chez elles.
Le sentiment d’insécurité est plus prégnant en province Sud où une personne sur quatre se sent en insécurité dans son quartier, son village ou sa tribu. Ces chiffres sont respectivement de 12 % et 7 % en province Nord et Iles.
Le sentiment d’insécurité : une problématique urbaine, qui croît avec l’âge et est bien plus souvent féminine
Le sentiment d’insécurité est davantage ressenti en milieu urbain. Les femmes se sentent davantage en insécurité que les hommes. Les risques encourus par les femmes en matière de violences dites « sensibles »1 sont des éléments susceptibles de nourrir ce sentiment d’insécurité.
Le sentiment d’insécurité croît également avec l’âge. Les personnes âgées renoncent davantage à sortir de chez elles et se sentent moins en sécurité à leur domicile que les plus jeunes.
Avec une différence moins marquée que celle entre les hommes et les femmes, le niveau d’insécurité ressentie par les personnes n’appartenant pas à la communauté Kanak est plus important que celui affiché par les membres de la communauté Kanak.
La délinquance et les addictions restent les préoccupations majeures des Calédoniens
Les préoccupations des Calédoniens se cristallisent sur des problèmes de délinquance et d’addiction. Quels que soient leur âge ou leur sexe, ces derniers désignent « la délinquance » comme le problème le plus préoccupant dans la société actuellement (25 %). Les addictions à l’alcool, à la drogue ou au tabac constituent ensuite la deuxième source d’inquiétude (19 %).
Les faits de délinquance dont les Calédoniens ont été victimes en 2019 et 2020 expliquent leur fort sentiment d’insécurité. La Nouvelle-Calédonie se démarque en effet par des taux de victimation supérieurs à ceux de la France métropolitaine.
Atteintes aux biens du ménage : des atteintes fréquentes opérées par une petite délinquance opportuniste
Près d’un ménage calédonien sur dix victime d’une atteinte au logement
9 % des ménages calédoniens se déclarent victimes d’au moins une atteinte à leur logement ; que le délit porte sur un cambriolage (y compris tentative), un vol sans effraction, ou un acte de destruction du logement visant les résidences principales, secondaires ou autres lieux possédés ou loués par ces derniers.
Quatre fois plus de ménages calédoniens victimes de cambriolages ou tentatives de leur résidence principale qu’en France métropolitaine
En moyenne, chaque année, près de 3 600 ménages se disent victimes d’un cambriolage ou d’une tentative de cambriolage de leur résidence principale, soit 4 % de l’ensemble des ménages calédoniens.
Dans un cas sur deux, l’effraction a eu lieu durant les périodes juin-juillet ou d’été (décembre à février). Dans 42 % des cas, une personne du ménage était même présente dans le logement. Et dans 22 % des cas, une personne a pu voir ou entendre les voleurs.
10 % des personnes qui ont vu ou entendu les auteurs du vol ont subi des coups et des violences physiques au cours de l’intrusion.
Les ménages déclarent que les voleurs ont emporté un butin d’une valeur moyenne estimée à 180 000 F.CFP
À cela s’ajoutent les dégâts liés au cambriolage, estimés en moyenne à 83 000 F.CFP par ménage.
Un an après les faits - seuls 11 % des ménages victimes de cambriolage déclarent avoir récupéré les objets qui leur ont été dérobés.
Les objets les plus fréquemment dérobés sont les bouteilles d’alcool, la nourriture, les vêtements, le matériel informatique, la téléphonie, le matériel HiFi et l’argent (liquide, carte bancaire, chèque).
Des vols sans effraction qui sont surtout des vols d’opportunité
Environ 2 000 ménages calédoniens ont déclaré avoir été victimes d’un vol sans effraction de leur résidence principale. Cela représente 2,2 % des ménages calédoniens, soit quatre fois plus qu’en France métropolitaine (0,5 %).
Près de 2 700 ménages se disent victimes d’actes de vandalisme contre leur logement, soit 3 % de l’ensemble des ménages calédoniens (1,8 % en France métropolitaine).
7 % des ménages calédoniens possédant une voiture victimes d’une atteinte à leur véhicule
Pour ces ménages possédant ou ayant possédé un tel bien, 7 % se disent victimes d’au moins une atteinte à leur véhicule ; que ce soit un vol de voiture (y compris tentative), un vol d’objet dans ou sur la voiture, ou une dégradation de leur véhicule.
Quatre fois plus de ménages calédoniens victimes de vols de voiture qu’en France métropolitaine
Les vols de voiture sont plus fréquents qu’en métropole. En moyenne, 1 500 ménages ont été victimes d’un vol ou d’une tentative de vol de voiture, soit 2,2 % de l’ensemble des ménages équipés d’un véhicule (0,5 % en France métropolitaine).
Une distinction peut être faite entre les vols « aboutis » et les simples tentatives. Dans plus d’un cas sur deux, le vol n’aboutit pas.
La Nouvelle-Calédonie plus exposée que la France métropolitaine aux actes de vandalisme et aux vols d’objets dans ou sur la voiture
2 900 ménages ont déclaré avoir été victimes d’un acte de vandalisme contre leur voiture au cours de l’année, ce qui représente 4,2 % des ménages calédoniens en possédant une (2,5 % dans l’hexagone). 1 300 ménages déclarent avoir été victimes d’un vol ou d’une tentative de vol d’objets situés à l’intérieur ou à l’extérieur de leur voiture au cours de l’année, soit 1,9 % de l’ensemble des ménages équipés.
Atteintes aux personnes : des discriminations à caractère raciste et des comportements hostiles, souvent associés à l’alcool ou à la drogue, se produisant sur la voie publique ou en milieu professionnel
Les Calédoniens plus exposés aux vols qu’en France métropolitaine
Les victimes de vols avec ou sans violence sont, elles, au nombre de 5 600 par an, soit 2,6 % de la population âgée de 14 ans ou plus.
Insultes, menaces, violences physiques : des altercations qui se déroulent dans la rue ou sur le lieu de travail
26 400 Calédoniens de 14 ans ou plus déclarent avoir subi des insultes - ce qui représente 12,3 % de la population concernée (7,9 % en France métropolitaine). Avec 9 600 personnes victimes de menaces, les actes d’intimidation visant à susciter la crainte de la personne visée touchent 4,5 % de la population (2,9 % en France métropolitaine).
En moyenne, 6 100 personnes déclarent avoir été victimes de violences physiques, soit 2,8 % de la population (0,8 % en France métropolitaine).
Insultes racistes, réminiscences des querelles intercommunautaires
Parmi les types d’insultes recensés, celles à caractère racistes ou xénophobes arrivent en tête du classement (58 %), suivies des insultes sexistes (10 %).
Le milieu professionnel et l’accès à un lieu accueillant du public, premiers domaines de discrimination
En moyenne, 9 600 personnes par an se déclarent victimes de comportements discriminatoires en raison de leur couleur de peau, leur origine, leur religion, leur orientation sexuelle ou leur sexe, soit 4,5 % des personnes âgées de 14 ans ou plus.
Le milieu professionnel est le premier lieu de discrimination, devant les établissements accueillant du public (restaurants, boîtes de nuit, magasins).
Si pour les non-Kanak le milieu professionnel apparaît, de loin, comme le lieu où s’exercent les comportements discriminatoires, l’accès à un établissement accueillant du public reste le premier vecteur de discrimination chez les Kanak
Violences sensibles : une dimension sexuée des violences dites « sensibles »
Un phénomène d’ampleur qui concerne plus d’une personne sur dix
Dans l’enquête CVS, les atteintes dites « sensibles » ne sont recensées que pour les personnes âgées de 18 à 75 ans. Au cœur même de la notion de « violences sensibles » se trouvent différentes formes d’agressions destinées à marquer psychologiquement, physiquement et/ou sexuellement la victime. En Nouvelle-Calédonie, 11 % des personnes résidant sur le territoire déclarent subir de telles violences.
Des femmes d’autant plus victimes de ce type d’agressions que la spirale de la violence croît en intensité
Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à déclarer subir des violences psychologiques. Au sein du ménage, elles sont deux fois plus souvent victimes de violences physiques ou sexuelles que les hommes. En dehors du ménage, elles sont deux fois plus nombreuses à se déclarer victimes de violences sexuelles que les hommes. Elles sont enfin près de quatre fois plus souvent victimes de viols ou tentatives de viols.
Au sein du ménage, les femmes sont deux fois plus victimes de violences que les hommes
En moyenne, chaque année, 5 300 personnes âgées de 18 à 75 ans ont déclaré avoir subi des violences physiques et/ou sexuelles en Nouvelle-Calédonie. Cela représente 2,8 % des individus de cette classe d’âge.
Les femmes (70 %) et les membres de la communauté Kanak (59 %) sont largement majoritaires parmi les victimes de violences au sein du ménage.
Hors ménage, les femmes sont deux fois plus victimes d’agressions sexuelles que les hommes
Les violences sexuelles peuvent se répartir en trois catégories différenciables selon la gravité des faits : les exhibitions sexuelles, les gestes déplacés envers une personne (comme le fait d’embrasser ou de caresser quelqu’un contre sa volonté), et les agressions sexuelles caractérisées, pouvant aller jusqu’au viol. Toutes formes de violences sexuelles confondues, 7 900 personnes se sont déclarées victimes de telles violences, soit 4,2 % des personnes âgées de 18 à 75 ans.
Dépôt de plaintes : des atteintes aux biens et à la personne peu déclarées échappant aux forces de l’ordre et à la justice
Des atteintes faiblement rapportées aux services de police et de gendarmerie
Seule une minorité de victimes entament des démarches auprès d’un commissariat ou d’une gendarmerie pour signaler les préjudices subis.
Les taux de plainte diffèrent selon la nature des atteintes subies. Les faits empreints d’une certaine gravité tels que les violences sexuelles en dehors et dans le ménage (notamment les viols) restent des atteintes faiblement rapportées aux forces de l’ordre. Seules 10 % des victimes de violences sexuelles en dehors du ménage, en 2019 et 2020, déclarent avoir déposé plainte.
Il apparaît également que les atteintes les plus fréquentes, telles que les menaces, les insultes, les violences psychologiques ou les faits de discrimination, sont celles qui font le moins l’objet d’une déclaration à la police ou à la gendarmerie.